Tribune du Haut conseil de la citoyenneté (HCCR)
Mis à jour le 01 septembre 2026
Descendants des anciens combattants harkis : le temps est venu de sortir du misérabilisme et de reprendre notre liberté.
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« Celui qui passe à côté de la plus belle histoire de sa vie n'aura que l'âge de ses regrets et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme. »
- Ce que le jour doit à la nuit
Pendant trop longtemps, les descendants des citoyens français anciens combattants harkis ont été enfermés dans une identité politique construite autour de la blessure, de l’abandon et de la réparation.
Cette histoire est réelle. Elle est douloureuse. Elle doit être reconnue dans toute sa vérité. La France a reconnu par la loi du 23 février 2022 l’abandon des harkis et sa responsabilité dans les conditions indignes d’accueil et de vie subies par une partie des personnes rapatriées d’Algérie anciennement de statut civil de droit local et leurs familles.
Mais reconnaître une injustice ne signifie pas condamner les générations suivantes à vivre éternellement à l’intérieur de cette injustice. Nos parents et nos grands-parents ont une histoire. Nous avons un avenir.
Le HCCR appelle les descendants à refuser toute instrumentalisation politique de leur mémoire. Depuis des décennies, les harkis et leurs familles sont régulièrement convoqués dans le débat public, particulièrement lorsque les relations entre la France et l’Algérie deviennent difficiles.
On parle alors de fidélité, d’abandon, de mémoire et de reconnaissance.
Mais quelle place veut-on réellement donner à leurs descendants dans la Nation ?
Une communauté mémorielle que l’on sollicite périodiquement ?
Une population que l’on entretient dans le sentiment d’une dette perpétuelle ?
Ou des citoyens français pleinement libres de leurs opinions, de leurs relations, de leur identité et de leur avenir ?
Le HCCR choisit clairement la troisième voie.
Nous sommes citoyens français.
Nous ne sommes pas des sous-citoyens.
Nous ne sommes pas les héritiers d’une culpabilité.
Nous ne sommes pas condamnés à transmettre éternellement à nos enfants le statut historique de leurs grands-parents.
Et nous refusons qu’une fidélité supposée à la France puisse être interprétée comme l’obligation de renier l’Algérie.
L’Algérie appartient aussi à notre histoire familiale. Nos parents et nos grands-parents y sont nés, y ont vécu, y ont travaillé, y ont aimé et y ont enterré leurs propres parents. La guerre d’Algérie et les choix tragiques de cette période ne peuvent effacer cet enracinement. Vouloir retourner en Algérie, retrouver un village, rechercher une tombe, renouer avec une famille, transmettre une langue ou simplement regarder l’autre rive de la Méditerranée avec affection ne constitue ni une trahison de la France ni un reniement de l’histoire de nos anciens.
C’est une liberté.
Nous posons donc une question aux responsables politiques français. Lorsque les gouvernements français dialoguent avec l’Algérie, lorsque des responsables politiques, économiques ou institutionnels rencontrent leurs homologues algériens, personne ne leur demande de choisir entre la France et l’Algérie.
Pourquoi les descendants des anciens combattants harkis devraient-ils, eux, avoir le sentiment qu’ils doivent choisir ?
Pourquoi ce qui est considéré comme normal lorsqu’il s’agit des relations entre États deviendrait-il suspect lorsqu’il s’agit des familles et des citoyens ?
La mémoire des harkis ne doit plus devenir une frontière intérieure de la République. Elle ne doit pas davantage servir d’instrument dans les tensions diplomatiques entre Paris et Alger.
Réparer une génération ne doit jamais conduire à assigner les suivantes.
Nous pouvons être profondément français et regarder sereinement vers l’Algérie.
Nous pouvons honorer l’engagement de nos parents sans hériter de leurs guerres.
Nous pouvons demander justice à la France sans nourrir d’hostilité envers l’Algérie.
Nous pouvons retrouver nos racines algériennes sans diminuer notre citoyenneté française.
Nous pouvons transmettre à nos enfants deux rives sans leur transmettre deux camps.
Et surtout, nous pouvons refuser que d’autres décident à notre place de ce que nous devons penser de notre propre histoire.
Le HCCR appelle à une véritable émancipation citoyenne des nouvelles générations.
Nous demandons que la mémoire des anciens combattants harkis soit définitivement sortie des logiques partisanes et des affrontements diplomatiques.
Nous demandons que leurs descendants soient considérés pour ce qu’ils sont : des citoyens français à part entière, libres de construire leurs relations avec l’Algérie et avec leurs racines. Nous demandons à la France de poursuivre son travail de reconnaissance et de réparation sans transformer une histoire familiale en identité politique perpétuelle.
Nous souhaitons également que l’Algérie puisse regarder ces descendants non comme les héritiers éternels d’un conflit terminé depuis plus de soixante ans, mais comme les enfants et petits-enfants d’une histoire algérienne complexe, douloureuse et profondément humaine.
Nous ne demandons à personne d’oublier.
Nous demandons de pouvoir avancer. L’histoire de nos parents mérite la vérité. Leur souffrance mérite la justice. Leur engagement mérite le respect.
Mais leurs descendants méritent quelque chose de plus :
La liberté.
La liberté d’être français.
La liberté d’assumer leurs racines algériennes. La liberté d’aimer les deux rives.
La liberté de dialoguer.
La liberté de transmettre autre chose que la blessure.
L’épisode colonial appartient à l’Histoire.
Notre avenir ne doit appartenir à personne d’autre qu’à nous-mêmes.
Fiers de notre citoyenneté française. fiers de nos racines algériennes.
Fiers de notre héritage.
Libres d’appartenir humainement aux deux rives.
Nous ne voulons plus être les prisonniers d’une histoire. nous voulons devenir les acteurs d’une réconciliation.
La Commission recueille la parole des Harkis,
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