Fiche personnalité - Madame Sabah TYR-LAHYANI, conseillère à la cour d'appel de Lyon
Mis à jour le 10 avril 2026
Du camp de Rivesaltes aux plus hauts rangs de la magistrature, Sabah Tir-Lahyani a construit une carrière remarquable au service de la justice française et internationale, guidée par la détermination et la fierté de ses origines.
« La terre est ma patrie et l’humanité est ma famille. »
Cette phrase du poète libanais Khalil Gibran a accompagné Sabah Tir-Lahyani tout au long de son parcours d’excellence, pourtant forgé dans les épreuves de l’exil et les difficultés des premières années.
![]() © Pierrick Delobelle/La Montagne | Sabah Tir-Lahyani naît en 1964 à Issoudun (Indre), d’un père ancien Harki interprète arrivé avec sa femme en France en 1962. Logés au camp de Rivesaltes, ses parents et leurs quatre enfants vivent dans des conditions très précaires. Son père intègre temporairement l’école de gendarmerie de Châtellerault puis se redirige vers le bâtiment. |
Bilingue en français, lettré et lui-même contraint de quitter ses études très jeune, son père place les études de ses enfants au centre de la vie familiale, comme moyen d’émancipation et d’intégration. Son accompagnement et sa ténacité paieront : comme ses trois frères et sœurs, Sabah Tir-Lahyani obtient, en 1986, une maîtrise de droit à Clermont-Ferrand, avant d'être diplômée, en 1989, de l’École nationale de la magistrature (ENM) de Bordeaux, qui lui confère le titre d’auditeur de justice.
Sabah Tir-Lahyani entre alors au ministère public où elle évoluera pendant quatorze ans, s’appuyant sur « la raison, le courage, et la fierté de ses origines ». D’abord substitut du Procureur de la République aux tribunaux de grande instance de Montargis et de Paris, elle devient ensuite vice-procureure de la République à Sens. En 2005, elle devient vice-présidente chargée de l’application des peines au tribunal de grande instance de Montargis. | ![]() Palais de Justice de Montargis @Evalois/Wikipedia |
![]() Visuel@CIVS |
La même année, elle est choisie comme rapporteuse auprès de la Commission pour l'Indemnisation des Victimes de Spoliation sous l'Occupation, pour laquelle elle examine les requêtes et établit les propositions d’indemnisations. Une nomination qui vient souligner un parcours admirable au sein du secteur juridictionnel. |
Le 5 août 2011, Sabah Tir-Lahyani devient la première femme à être nommée présidente du tribunal de grande instance d’Aurillac. Elle y gère et administre la juridiction jusqu’en 2015, exerçant des fonctions juridictionnelles civiles et pénales et présidant plusieurs comités. Elle met un point d’honneur à favoriser l’accès au droit, elle-même présidente du Conseil départemental de l'accès au droit du Cantal (CDAD), et participe également à la création de conventions de défense des mineurs et de réforme des hospitalisations sous contrainte.
En parallèle, Sabah Tir-Lahyani transmet à l’international son savoir, rendu singulier par son parcours de femme d’origine maghrébine. Intervenue au Maroc dans le cadre du projet « Justice sans frontière », elle anime ensuite une formation au Caire destinée aux magistrats du ministère public au Parquet général. Elle effectue aussi des stages dans de grandes juridictions internationales.
![]() ©Thierry Marsilhac/La Montagne | En reconnaissance de la qualité de ses fonctions juridictionnelles et de sa grande ouverture d’esprit, elle est décorée en novembre 2013 des insignes de chevalier de l’Ordre National du Mérite, qu’elle dédie à son père, sa mère et son époux. |
Cette nomination vient décorer, comme elle se qualifie dans son discours, une « femme qui vient un peu d’ailleurs, un peu d’ici, un peu du monde », qui s’est construite par les lieux dans lesquels elle a vécu, par l’histoire de ses parents, et par les savoirs qu’elle a acquis par l’éducation, conformément à ce que son père lui souhaitait.
Depuis 2015, Sabah Tir-Lahyani exerce au sein de la Cour d’Appel de Lyon en tant que conseillère, d’abord à la chambre de l’instruction puis à la chambre des appels correctionnels. Ce poste vient souligner une carrière honorable de défense d’une « justice qui doit demeurer le rempart à toutes les atteintes aux libertés individuelles et collectives », et « qui se nourrit de la diversité sociale, culturelle, cultuelle ».
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