Les Harkis de Zonza
Mis à jour le 27 février 2026
Dans cet article du 24 février 2026, la journaliste Colomba Rossi met en avant l'histoire d'une page locale, celle des Harkis de Zonzade pour Corsica Mag.
Août 1971, par une chaude journée d'été, plusieurs autocars franchissent le village de Zonza sans s'arrêter et prennent la direction du hameau forestier situé sur les hauteurs.
À leur bord, 25 familles de Harkis, plus de 250 personnes venues entamer une nouvelle étape de leur exil.
Quelques camions de déménagement ferment la marche, et pour ces hommes, ces femmes et ces enfants, la destination finale sera la Corse, après la fermeture de plusieurs hameaux forestiers sur le continent.
Les maisons qui les attendent sont simples, construites en parpaings.
Le site, alors ceinturé de barbelés officiellement pour le protéger des animaux errants, ressemble davantage à un camp qu'à un véritable village.
L'accueil officiel est assuré par le maire de la commune, Albert Muzy, et par le représentant régional de l'action sociale de la préfecture.
Dans le village, cette installation surprend par son ampleur, et l'émotion est mêlée d'interrogations.
Pourtant, ces familles ne sont pas totalement inconnues, car certains habitants de la même génération ont côtoyé des Harkis et leurs proches en Algérie pendant la guerre, ils connaissent leur attachement à la France et leur parcours marqué par la fidélité et l'exil.
Parmi les arrivants figurent des anciens combattants, des parents et de très jeunes enfants.
Le plus jeune n'a que quelques mois, d'autres naîtront dans les années suivantes, à Porto-Vecchio ou ailleurs sur l'île, ancrant progressivement ces familles dans leur nouvelle terre d'accueil.
L'installation est difficile, car l'arrivée massive, au regard de la population locale, et le manque de préparation compliquent les premiers mois.
Mais rapidement, la vie s'organise, l'Office national des forêts fournit un emploi aux anciens Harkis, ils participent aux travaux de reboisement, à l'entretien des forêts domaniales et, chaque été, à la lutte contre les incendies, leur engagement sur le terrain est salué.
Peu à peu, les liens se tissent avec les habitants du village, les femmes fréquentent les commerces, les hommes partagent des parties de belote au café, certains rejoignent des équipes de chasse.
La plupart adhèrent à la section locale des anciens combattants, affirmant ainsi leur attachement aux valeurs républicaines.
À la demande des familles les plus pratiquantes, un carré musulman est créé au cimetière.
Aujourd'hui délaissé, il témoigne néanmoins d'une étape importante de cette histoire commune.
Mais c'est surtout l'école qui joue un rôle déterminant.
Sur les bancs des classes naissent des amitiés durables, les jeunes générations s'intègrent, des mariages unissent familles harkies et familles du village, des enfants naissent de ces unions, incarnant un enracinement progressif.
Avec le temps, toutefois, le manque d'emplois pousse certains jeunes à quitter Zonza pour s'installer en ville, et le hameau se vide peu à peu.
Au milieu des années 1980, une opération de réhabilitation transforme profondément le site, onze villas sont rénovées, agrandies et modernisées, les abords sont réaménagés, offrant enfin des conditions de vie plus confortables aux familles restées sur place.
Dans les années 2000, ces logements sont mis en vente, la priorité donnée aux occupants et à leurs descendants permet à plusieurs familles harkies de devenir propriétaires de leur maison, d'autres habitations sont acquises par des habitants du village.
Plus d'un demi-siècle après leur arrivée, l'histoire des familles harkies de Zonza demeure une page marquante de l'histoire locale, celle d'un exil contraint, d'une intégration parfois difficile, mais aussi d'un enracinement progressif en Corse.
Article de Colomba Rossi pour Corsica Mag
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